Partager l'article ! Les enfants de la prison: Après ces quelques mois d’inactivité sur carpediemilia, voici une peti ...
Après ces quelques mois d’inactivité sur carpediemilia, voici une petite rétrospective de mes deux derniers mois au Cambodge. Depuis, je suis rentrée à Berlin où je termine mon master et travaille en parallèle chez Amnesty International. Un renouveau de vie en un lieu qui m’est familier. Un peu plus prochainement, mais pour l’instant : encore du Cambodge !
Juin à août 2009
Chaque samedi pendant mes deux derniers mois, j’allais à la prison de Prey Sor, à une dizaine de kilomètres de Phnom
Penh, pour m’occuper des enfants de détenues qui vivent en cellule avec leurs mères. Une initiative personnelle, complètement détachée de mon travail pour GTZ. En quelques sortes, le besoin de
contact humain direct, loin de la politique et du « development business », même si très vite je me suis rendue compte qu’il est difficile d’y échapper, même au fin fond d’une prison
cambodgienne… La garderie de la prison a été fondée par une micro ONG fonctionnant sur fonds monégasques. Je ne me prononcerai pas sur les nombreux problèmes qui sont nés de cette création, et du
besoin de reconnaissance qui a motivé l’action de la personne qui a monté ce projet. Mon but, en contribuant au projet, était de donner un peu de mon temps, directement et 100% a ces enfants, ce
qui m’a demandé bien plus d’énergie que ce que je pensais…
Mais pour voir le bon côté des choses : 8 c’était bien assez pour le début ! Ces enfants ont une telle violence en eux qu’il est vraiment difficile de la canaliser – surtout avec mon niveau de Khmer… ils sont arrivés a la garderie dans leur état le plus brut : ils n’ont jamais connu l’école, avaient un niveau de socialisation proche de zéro, et furent séparés de leur mère pour la toute première fois (sachant qu’ils partagent 100% de leur temps dans la prison avec leur mères).
Je me remémore ma première rencontre avec eux, et la différence entre la fin des deux mois et le premier jour est frappante. A leur arrivée, ils étaient tous en dessous de la courbe de croissance. Les voir engloutir leurs repas était un vrai plaisir. Certains se resservaient jusqu’à quatre fois ! Ils avaient tous la peau ravagée par la gale (ils sont lavés avec l’eau des étangs, qui provient en grande partie des égouts de la ville), leurs cheveux ternes et secs, et leurs regards absents. Aujourd’hui, ils ont tous pris deux à trois kilos, ont un sourire accroché aux lèvres toute la journée, leur peau et leurs cheveux s’embellissent de jour en jour. Tout ça grâce à Caroline, la directrice de la garderie et Srey Ni, employée à plein temps, qui leur donnent tout leur amour, jouent avec eux, leur apprennent les belles choses de la vie, leur donnent leur bain, leur donnent à manger, leur font confiance, rient avec eux...
Seulement, Caroline a récemment été renvoyée par la fondatrice de la garderie parce qu’elle employait, selon elle, des méthodes éducatives trop « avancées » pour des enfants pauvres et cambodgiens, qui de toutes façons étaient voués à devenir chiffonniers… alors pourquoi leur faire goûter ce à quoi ils n’ont pas droit ?
Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux
Marcel Proust
