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En tant qu'employée de la coopération allemande GTZ, dans un projet pour les droits humains, la junte militaire ne voulait pas vraiment de moi au Myanmar... Mais après quelques manipulations et allers-retours entre GTZ et l'ambassade du Myanmar qui m'ont généré pas mal de stress, j'ai fini par obtenir mon visa pour la Birmanie. Avant même de pénétrer sur le sol myanmarais, la dictature se faisait déjà sentir.


A l'arrivée à l'aéroport, j'avais une petite peur d'être refoulée par les autorités, mais je suis passée comme une lettre à la poste, tant et si bien que Béa et moi sommes sorties sans nos sacs !


Dans le taxi qui nous emmenait vers notre guesthouse, on se laissait submerger par une atmosphère insolite. De vieilles voitures, des bus rétro, réminiscence d'une autre époque. A Yangon, la nouveauté est un mot qui a perdu de son sens... des centaines de vieux livres datant de plusieurs décennies sont vendus sur les trottoirs, des antiquaires proposent de vieilles photos noir et blanc, des objets et reliques sortant tout droit de l'ère coloniale. Une atmosphère étrange. D'autant plus pour nous qui habitons Phnom Penh, où le passé a été balayé et où plus rien ne compte qu'aujourd'hui et demain. Cette pénurie forcée de livres doit s'avérer cruelle pour les Birmans, qui semblent férus de lecture.


J'ai pu retrouver à Yangon la diversité qui me manque tant à Phnom Penh : diversité ethnique, culturelle, religieuse. On croise des églises, des mosquées, des temples bouddhistes, on voit des birmans d'origine indienne, chinoise, népalaise, pakistanaise.


Des femmes habillées en sari, joliment décorées du bindi, mais arborant également le thanakha, maquillage jaune ou blanc qui orne les joues des Birmanes - il s'agit d'une pâte préparée avec l'écorce d'un arbre, pilée et diluée dans l'eau ; gage de beauté, le thanakha a aussi des propriétés antiseptiques et anti-UV. Si cette diversité m'a ravie, il ne va pas sans dire que les tensions inter-ethno-culturello-religieuses existent bel et bien dans la capitale...malgré ces airs de melting pot réussi.


A la nuit tombée, les coupures de courant incessantes nous rappellent que l'électricité reste un luxe pour beaucoup. Une chambre fermée sans fenêtre, et sans ventilateur, par les nuits chaudes du mois d'avril (mois le plus chaud de l'année) peut s'avérer être une véritable fournaise... Mais grâce au générateur (merci à celui qui a inventé cet outil merveilleux), le ventilo se remettait à marcher par intermittence, juste histoire de donner de faux espoirs.



A notre arrivée, nous avons aussi été frappées par le calme de cette ville, dont les rues fourmillent pourtant. Nous avons appris par la suite que les klaxons sont interdits dans la capitale, ainsi que les deux roues à moteur. La junte a en effet peur des soulèvements, et interdit donc de petits outils qui les rendraient plus bruyants !

Côté cuisine, ça dépayse à Yangon ! L'influence indienne se fait sentir dans nos assiettes, au grand plaisir de Béa, qui aime les plats mijotés. Byriani, chapati, roti, puri c'est au choix. On trouve également beaucoup de pâtisseries arabes. Mais une fois sorties de Yangon, c'est retour au ‘fried rice', ‘fried noodles' et ‘noodle soup', en version très grasse, mais fameux.


A Yangon - comme dans tout le pays d'ailleurs - on s'est senties constamment épiées. Mais de façon très subtile et insidieuse, ce qui fait que l'on a mis du temps à s'en rendre compte. Nous avons visité la Schwedagon Pagoda (le droit d'entrée revient au gouvernement), immense lieu de rassemblement des Bouddhistes. Cette visite nous a vraiment conquises. Non seulement le lieu en lui-même est magnifique et envoûtant, mais le fait de voir les gens vivre (dormir, manger, prier) et pratiquer leur culte l'a rendu plus fascinant encore. En une après-midi, nous avons assisté à plusieurs cérémonies d'enfants prêts à devenir moines pour la durée des vacances d'été. Nous avons pu écouter de très jolis chants de femmes et d'enfants. Avril est un mois très important dans la religion Bouddhiste, la nouvelle année se célébrant les 14, 15 et 16, faisant de nos visites des moments très riches et vivants.



Pendant cette visite, nous avons fait une rencontre assez énigmatique. Un petit papi très gentil nous proposait de venir dans son village pour la fête des eaux, mais de façon assez insistante. Cet homme avait une carte de traducteur pour la Croix Rouge. Sachant qu'il s'agissait de notre première vraie rencontre avec un Birman, je n'ai pas été très étonnée de voir qu'il parlait du régime assez librement avec nous, allant jusqu'à le critiquer ouvertement. Oubliant les règles élémentaires, j'entrais à pieds joints dans la conversation, essayant d'en tirer autant d'informations que possible. Enthousiasmées par la proposition de cet homme, Béa et moi essayons d'arranger nos plans pour pouvoir passer du temps sans son village.


Après coup, quelques doutes et un brin de méfiance ont surgit, et nous avons décidé de ne plus parler politique avec qui que ce soit ici. Très frustrant, mais c'était mieux ainsi. Nous avons été prévenues par la suite que les gens qui engagent la conversation facilement sur la situation politique ont de fortes chances d'être des espions de la junte (un Birman sur dix est mandaté par le gouvernement !). Après avoir fait quelques recherches sur la destination, nous décidons d'essayer de nous y rendre et de loger dans une guesthouse. Nous ne risquons rien tant que nous restons neutres. Notre séjour est passé plus rapidement que prévu et nous ne sommes pas allées dans son village. Nous ne saurons jamais si cet homme était un espion ou un homme honnête, profondément gentil, simplement à la recherche de contacts avec les étrangers.


Après deux jours passés à se perdre dans les ruelles de Yangon, nous prenons un bus en direction de Mandalay, 15h de route au nord de la capitale (on raisonne en termes de durée de trajet et non en distance).




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Tag(s) : #Burma [Myanmar]

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