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[Préambule : désolée, encore un article sur les Khmer Rouges, mais je ne pouvais tout simplement pas ne pas parler du procès de Duch auquel j'ai assisté hier.]


Hier, le 31 mars 2009, j'assistais au deuxième jour du procès de Duch, un tortionnaire Khmer Rouge, directeur de la prison S-21, où près de 20.000 hommes, femmes, et enfants ont été détenus, torturés, puis exécutés, sous ses ordres entre 1977 et 1979. Il a participé au meurtre de près de 2 millions de personnes pendant le régime Khmer Rouge, et est accusé de crimes contre l'humanité.


Il s'est exprimé :


« Je reconnais ma responsabilité juridique pour les crimes commis à S-21, et particulièrement les tortures. Je souhaite présenter mes excuses et demander pardon aux victimes et à leurs familles, et je voudrais que ces gens sachent que je demande pardon.


Lorsque je me remémore ce qui a été fait sous ma supervision, je suis choqué. Je suis un bouc-émissaire, et quelqu'un qui a été chargé de tuer. A l'époque, je considérais que la vie de ma famille était plus importante que celle des prisonniers de S-21. Je n'ai jamais cherché d'autres alternatives.


Aujourd'hui je regrette, et j'ai honte. Pour ma part, j'ai décidé de coopérer avec les Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens (CETC) car le peuple cambodgien ne peut trouver d'autre remède que cette coopération. Je voudrais que vous m'autorisiez à exprimer mes remords, devant tous ceux ici présents.


En 1972, Il s'est passé un événement crucial. Sun Sen a ordonné l'arrestation massive de cadres Khmer Rouges. J'ai été bouleversé par l'arrestation de ces cadres et j'ai alors compris que mon tour viendrait.


Je prie pour demander pardon pour ce que j'ai fait sous le Kampuchea Democratique. »


                                                   *

       Pendant cet aveu, Duch faisait face aux juges, et dos au public. Pas une fois il ne s'est tourné vers les parties civiles, ni vers l'audience. Il n'a pas non plus lâché son papier des yeux, sur lequel il avait rédigé mot à mot son discours.


J'étais assise juste derrière lui, séparés par une vitre pare-balles. Je regardais sa main gauche à quatre doigts qui se tenait appuyée sur la table, s'agitant parfois pour animer son discours. Je ne pouvais m'empêcher de regarder autour de moi, à la recherche de signes qui pourraient trahir la pensée des survivants et des familles des victimes présentes dans la salle. Quel effet ces mots pouvaient-ils avoir sur leur souffrance ? Quelles émotions ressentaient-ils en cet instant ? Ressentaient-ils de la haine ? De la frustration ? Du soulagement ? Avaient-ils envie de le croire sincère ? Pouvaient-ils penser au pardon ?


Durant toute la journée, j'avais du mal à croire que le procès de Duch était en train de se dérouler. J'essayais de m'imaginer ce Duch, faible et docile en face de moi, en monstre sanguinaire. Et tout me paraissait irréel. Comment était-ce possible ? Comment pouvait-on atteindre un tel degré de cruauté et de brutalité pour le regretter ensuite ? Où étaient donc son humanité et sa conscience pendant les faits ?


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Duch and his trial
Archive: Times, July 27, 1977
Bou Meng, one of the 6 survivors of S-21 alive today

Tag(s) : #Speak out!

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