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Enfants de l'école Grace of Lord, dans le bidonville de Kampala, Rubaga. 50% des enfants de cette école sont des "orphelins du SIDA".

Au bout de deux mois et demis de stage à l'OIT en Tanzanie (organisation internationale du travail), la directrice d'IPEC (programme international pour l'élimination du travail des enfants) Ouganda/ Zambie et la directrice d'IPEC Tanzanie me proposent une mission en tant que consultante en Ouganda.


Objet de la mission en bref : importer en Tanzanie un projet pilote mis en place en Ouganda et en Zambie. Il s'agit d'un projet unique au monde qui vise à attaquer le problème du travail des enfants à l'une de ses sources majeures : le VIH/SIDA. On part du principe que les enfants qui travaillent sont dans 90% des cas affectés par le SIDA - il faut rappeler que l'Afrique de l'Est et l'Afrique Australe sont les régions les plus touchées par l'épidémie du SIDA à l'échelle mondiale ; des villages entiers sont décimés, les enfants des rues et les orphelins se comptent par millions. Parmi les causes qui poussent les enfants à travailler, le décès de l'un ou des deux parents/ tuteurs reste la plus répandue. Le projet pilote tente d'établir un système de protection sociale qui repose sur la solidarité au sein de la communauté pour faire reculer le travail des enfants induit par le SIDA (HIV/AIDS induced child labour). IPEC travaille en partenariat avec des ONG locales qui élaborent des plans d'action et interviennent directement sur le terrain.


Mon rôle en gros : aller sur le terrain (dans les bidonvilles, dans les centres de réhabilitation pour anciens travailleurs infantiles, dans les centres de formation, dans les écoles, dans les foyers, etc.), faire le tour des programmes avec mon bloc notes, les évaluer, voir que tout est cohérent, relever les indicateurs qui permettent de mesurer les progrès, et ensuite écrire un rapport détaillé et produire des recommandations concrètes sous forme de mini plan d'action pour la Tanzanie, en prenant en compte les spécificités propres du programme, ses dynamiques, les obstacles éventuels, etc.


Mes impressions : cette mission fût extrêmement enrichissante sur tous les plans. Professionnellement, elle m'a apporté de nombreuses compétences, elle m'a permis de me tisser un réseau de contacts intéressants pour la suite, elle m'a donné l'opportunité de faire mes preuves et de faire en sorte qu'on se souvienne de moi à l'OIT (eh oui ! on sait jamais). Sur le plan personnel, ces deux semaines en Ouganda m'auront permis d'avoir un regard différent sur certains aspects de l'Afrique, de mieux comprendre l'impact des programmes de l'OIT/IPEC dans la région, d'identifier certaines des causes réelles des maux qui rongent l'Afrique, de remettre en question mon jugement par rapport au système onusien, d'affiner ma réflexion en matière de développement de l'Afrique.

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Cuisine de l'école Grace of Lord 
















Toilettes des filles



Anette--b--n--ficiaire-d-IGA.JPGAnnette, malade du SIDA, 8 enfants à charge (tous séropositifs), confectionne des bijoux  partir de papier glacé. Cette activité lui permet à nouveau de nourrir ses enfants et de les envoyer à l'école. 

Le-fils-d-Annette--2-ans--s--ropositif.JPGLe fils d'Annette, 2 ans, séropositif

Diner-pour-1-adulte-et-7-enfants.JPGRestes d'un repas préparé par Annette, qui servira de diner pour 7 enfants 


Je suis passée par des phases de découragement, mais avec le recul, je ne garde que du positif de cette expérience, qui fût vraiment constructive. Découragement, courage et espoir. 

Découragement :
je suis passée par une première phase de découragement. D’une part, face à l'ampleur des problèmes auxquels les communautés que j'ai visitées sont confrontées (Sida, extrême pauvreté, malnutrition, ignorance, rejet), et d’autre part, par rapport à la façon dont ces problèmes sont traités. L'extrême lenteur de tous les procédés s'avère être un gros obstacle au changement, le manque de passion et de détermination que j'ai remarqué chez beaucoup de personnes, tant du côté des ONG que du côté des bénéficiaires, le fatalisme qui se lit chez beaucoup aussi, l'ignorance et l'état d'obscurantisme dans lequel est maintenue toute une partie de la population, qui empêche la prise de conscience indispensable à l'action et qui fait que des situations inacceptables sont si facilement acceptées. Les mentalités, aussi, qui par leur conservatisme et leur manque d'ouverture, empêchent aussi le changement. Je pense notamment à la politique d'abstinence, qui continue d'être défendue à bras le corps malgré le peu d'effets positifs et la déferlante d'effets négatifs qu'elle produit (cette politique moralisatrice a, je pense, induit un énorme sentiment de culpabilité et n'a fait qu'empirer les problèmes de rejet et de stigmatisation déjà si répandus). Je pense que même si elle peut avoir certains mérites, elle doit être menée en parallèle avec d'autres politiques alternatives. Si toute l'énergie mise à prôner pour l'abstinence avait été mise au service d'une campagne efficace pour le port du préservatif ou pour une campagne de sensibilisation sur les traitements disponibles, ou encore une campagne pour la solidarité envers les malades du SIDA et séropositifs, la situation serait peut être différente aujourd'hui. Sur ce point, j'oublie peut être de prendre en considération des éléments qui justifient la politique d'abstinence, mais je la trouve tout simplement utopique et il me semble aussi qu'elle produise bien souvent les effets contraires aux effets recherchés...

Ensuite, même si les programmes ont un effet à court terme plutôt très satisfaisant, les retombées sur le long terme me semblent assez minimes. Le cercle vicieux est tellement difficile à rompre qu'il n'est pas toujours facile de rester optimiste.


Espoir :
quelques success stories ont suffit à me redonner espoir. Je me dis qu’on recherche aussi bien le bien-être individuel que collectif et que même si les programmes ne bénéficient qu’à une poignée de personnes, et pour une durée souvent insuffisante, le changement est visible. Des vies prennent de nouvelles directions. Par exemple, l’un des programmes aide à la conduite d’IGA (Income generating activities, activités génératrices de revenus) pour des femmes vulnérables (séropositives, veuves, avec enfants à charge) et l’impact est tellement positif ! Elles regagnent confiance, estime de soi, espoir, créativité. Leur esprit d’entreprise se développe, la solidarité renait grâce à la mise en place de groupe d’entraide. Ces femmes ont une ressource et une force incroyable. Je pense que les petits riens font la différence et que le changement nécessite temps, persévérance, passion et foi.

Courage :
la force et la rage de vaincre de ces quelques femmes m’ont donné énormément de courage. Ces visites m’ont vraiment bouleversée mais j’en suis sortie vraiment plus forte. C’est aussi en voyant ces enfants séropositifs, orphelins, qui malgré leur jeune âge ont surmonté des épreuves terribles (prostitution, travail domestique forcé, violence et abus sexuels, exploitation, douleur de perdre des êtres chers, rupture sociale, rejet, stigmatisation…) garder le sourire que je me suis sentie pleine de courage.

Même si je continue d’osciller entre découragement et espoir, c’est souvent l’espoir qui finit par l’emporter.
 



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Tag(s) : #Uganda

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